Le RRI (régime de retraite individuel) est un outil d’épargne conçu pour les entrepreneurs incorporés. Il permet à une entreprise de cotiser directement pour son dirigeant, avec des avantages fiscaux importants. Ce guide explique qui peut en profiter, comment il fonctionne et en quoi il se distingue du REER.
Qu’est-ce qu’un RRI (Régime de Retraite Individuel) au Québec ?
Le RRI est un régime de retraite à prestations déterminées, enregistré auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Il est établi par une société pour un employé donné — le plus souvent un actionnaire-dirigeant.
Contrairement à un REER, ce n’est pas le particulier qui cotise, mais bien son entreprise, et les montants versés ne viennent pas réduire le revenu imposable de l’employé, mais celui de la société.
Ce régime est conçu pour fournir un revenu de retraite fixe ou prévisible, calculé selon la durée de service et le revenu annuel moyen des dernières années.
Qui peut cotiser à un RRI au Québec ?
Le Régime de retraite individuel (RRI) est destiné à une catégorie spécifique de travailleurs. Pour être admissible, les conditions suivantes doivent être remplies :
- Relation employeur-employé : Le participant doit être un employé recevant un salaire régulier d’une entreprise incorporée (société par actions). Les revenus de dividendes ne sont pas admissibles pour établir un RRI.
- Statut de l’entreprise : L’entreprise doit être active et générer des revenus. Les sociétés de gestion passives ne sont généralement pas admissibles.
- Participants admissibles : Le RRI est souvent mis en place pour des actionnaires-dirigeants détenant au moins 10 % des actions de l’entreprise. Toutefois, il peut également être offert à des employés clés, tels que des cadres supérieurs, même s’ils ne détiennent pas d’actions.
- Exclusion des travailleurs autonomes non incorporés : Les travailleurs autonomes qui ne sont pas incorporés ne peuvent pas établir de RRI, car il n’existe pas de relation employeur-employé.
- Âge et revenu : Bien qu’il n’y ait pas de limite d’âge minimale, le RRI devient généralement plus avantageux à partir de 40 ans, en raison des cotisations plus élevées permises. De plus, un revenu d’emploi annuel d’au moins 100 000 $ est souvent recommandé pour justifier les coûts associés au régime.
Comment fonctionne concrètement un RRI ?
Le RRI fonctionne sur la base d’un contrat entre l’entreprise et l’employé. Voici ce qu’il faut comprendre de son mécanisme.
- Cotisations : elles sont versées exclusivement par l’employeur. Le montant est calculé par un actuaire selon l’âge du participant, son revenu, ses années de service et les hypothèses de rendement.
- Prestations cibles : le régime vise à fournir une rente annuelle à la retraite, plafonnée selon la Loi de l’impôt sur le revenu.
- Placements : les sommes sont investies dans un compte distinct, souvent sous gestion fiduciaire ou avec un assureur.
- Suivi : un actuaire, expert en projections financières de retraite, doit réviser le régime au moins tous les trois ans pour en assurer la viabilité.
Exemple : Un entrepreneur de 52 ans ayant un salaire annuel de 130 000 $ pourrait voir son entreprise cotiser près de 30 000 $ par année dans un RRI, soit bien plus que le plafond REER standard.
Quelle est la différence entre un RRI et un REER ?
Le RRI et le REER sont deux véhicules d’épargne-retraite, mais leur structure et leur philosophie sont très différentes :
| Critère | RRI | REER |
| Cotisant | L’employeur | Le particulier |
| Déductibilité fiscale | Pour la société | Pour l’individu |
| Plafond de cotisation | Variable selon l’actuariat | Fixé annuellement |
| Frais de gestion | Plus élevés, actuaire requis | Moindres, selon l’institution financière |
| Rigidité administrative | Élevée | Faible |
| Idéal pour | Revenus élevés, dirigeants incorporés | Tout particulier |
Le RRI est souvent plus avantageux pour les dirigeants à revenu stable et élevé (plus de 100 000 $ annuels), surtout en fin de carrière.
Quels sont les avantages fiscaux du RRI pour l’entreprise ?
Du point de vue de l’entreprise, le RRI permet d’effectuer des cotisations très importantes qui sont 100 % déductibles d’impôt. Ces montants ne sont pas considérés comme un revenu pour l’employé au moment de la cotisation, ce qui diffère d’un boni ou d’un salaire supplémentaire.
Les autres bénéfices pour la société sont :
- Aucun versement de cotisation au Régime de rentes du Québec sur les montants versés
- Aucun paiement de cotisation à l’assurance-emploi ou à la CNESST sur ces sommes
- Réduction du revenu net imposable de la société.
Il s’agit donc d’un excellent levier de planification pour les entreprises rentables en fin d’année fiscale.
Le RRI permet-il d’épargner plus que le REER ?
Oui, dans la très grande majorité des cas, le RRI permet des cotisations plus importantes qu’un REER, surtout à partir de 45-50 ans.
Prenons l’exemple d’un entrepreneur de 55 ans avec un salaire de 140 000 $. Son plafond REER annuel serait autour de 25 200 $. La cotisation possible dans un RRI pourrait facilement atteindre 40 000 $ ou plus selon l’évaluation de l’actuaire.
Ce différentiel devient encore plus marqué avec l’âge : les règles actuarielles tiennent compte du temps restant avant la retraite pour ajuster les cotisations. En clair, plus on est âgé, plus le RRI permet d’épargner de manière significative.
Quels sont les coûts et les obligations liés à un RRI ?
Mettre en place un Régime de retraite individuel (RRI) implique des frais et des responsabilités administratives spécifiques. Voici un aperçu détaillé des coûts associés et des obligations réglementaires :
Coûts initiaux et récurrents
- Frais d’implantation : La création d’un RRI nécessite l’intervention d’un actuaire pour établir et enregistrer le régime. Les frais initiaux varient entre 2 000 $ et 5 000 $, selon la complexité du dossier.
- Évaluations actuarielles : Une évaluation actuarielle est requise à l’ouverture du régime, puis au moins tous les trois ans pour assurer sa viabilité. Chaque évaluation coûte entre 1 500 $ et 3 000 $. S
- Frais de gestion de placements : Ces frais varient selon l’institution financière choisie et sont souvent plus élevés que ceux d’un REER en raison de la structure fiduciaire ou assurantielle du RRI.
- Frais administratifs : Des frais annuels peuvent s’ajouter pour la gestion courante du régime, incluant la production de relevés annuels pour les participants et les déclarations requises par les autorités fiscales.
- Frais de modification : Toute modification de l’acte de fiducie ou du texte du régime entraîne des coûts supplémentaires, souvent de quelques milliers de dollars.
Obligations administratives
- Enregistrement du régime : Le RRI doit être enregistré auprès de l’ARC, et auprès de Retraite Québec si le régime compte d’autres participants non liés à l’entreprise.
- Déclarations annuelles : L’entreprise doit produire une déclaration annuelle de renseignements pour le régime, conformément aux exigences de l’ARC et de Retraite Québec.
- Conformité réglementaire : Le régime doit respecter les règles établies par la Loi de l’impôt sur le revenu, incluant les plafonds de cotisation calculés par l’actuaire.
- Production de relevés : Des relevés annuels doivent être fournis aux participants, détaillant les cotisations et les prestations accumulées.
Malgré ces coûts et obligations, de nombreuses entreprises considèrent que les avantages fiscaux et la planification de retraite structurée offerts par un RRI compensent largement les dépenses engagées, en particulier pour les dirigeants de 50 ans et plus.
Comment mettre en place un RRI au Québec ?
La création d’un RRI se fait en plusieurs étapes, avec l’intervention obligatoire d’un actuaire reconnu. Voici le processus habituel :
- Analyse de la situation : un conseiller fiscal ou actuaire examine la situation du dirigeant et de l’entreprise pour valider la pertinence du régime.
- Élaboration de la proposition : l’actuaire rédige les documents nécessaires pour enregistrer le régime.
- Signature de la convention : l’entreprise et l’employé désigné signent le contrat de retraite.
- Enregistrement : la demande est soumise à l’ARC pour validation.
- Ouverture des comptes : les fonds sont déposés dans une fiducie ou auprès d’un assureur.
Le délai moyen entre l’analyse initiale et la mise en place complète varie de 4 à 8 semaines.
Que devient le RRI en cas de retraite, de décès ou de départ de l’entreprise ?
À la retraite
Au moment de la retraite, les fonds accumulés dans le RRI peuvent être utilisés dedifférentes manières :
- Transfert dans un FERR ou un FRV : Les sommes peuvent être transférées dans un Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) ou un Fonds de revenu viager (FRV), permettant ainsi de percevoir un revenu de retraite régulier.
- Achat d’une rente viagère : Il est possible d’utiliser les fonds pour acheter une rente viagère auprès d’une compagnie d’assurance, garantissant un revenu à vie.
Ces options permettent de reporter l’imposition jusqu’au moment du retrait des fonds.
En cas de décès
Le solde du régime peut être transféré au conjoint survivant (dans un REER, FRV ou FERR), ou versé aux héritiers. Si le conjoint est désigné bénéficiaire du contrat, le transfert est fait sans impôt immédiat. Sinon, les règles fiscales standards s’appliquent.
En cas de départ de l’entreprise
Le participant n’accumule plus de droits, mais peut transférer les sommes acquises dans un autre véhicule de retraite admissible (FRV, REER immobilisé, etc.).
Comment les autorités fiscales traitent-elles un RRI ?
Le RRI est un régime enregistré et encadré par la Loi de l’impôt sur le revenu. Il doit respecter les règles de l’ARC pour conserver son statut fiscal avantageux :
- Les cotisations sont déductibles pour la société.
- Les revenus de placement dans le régime croissent à l’abri de l’impôt.
- Les prestations sont imposables uniquement au moment du versement à la retraite.
Une déclaration annuelle doit être transmise à l’ARC par l’entreprise, accompagnée des états actuariels requis.
Le RRI est-il protégé contre les créanciers ?
Oui, dans la majorité des cas. En vertu des lois fédérales et de la jurisprudence québécoise, les fonds accumulés dans un RRI sont détenus dans une fiducie distincte, au bénéfice de l’employé. Cela signifie que ces actifs sont inaccessibles aux créanciers de l’entreprise, sauf exception majeure.
Cela en fait un véhicule prisé par les entrepreneurs soucieux de mettre à l’abri une portion de leur patrimoine.
Peut-on avoir un RRI et un REER en même temps ?
Oui. Il est tout à fait légal et courant d’avoir un REER personnel en plus d’un RRI fourni par sa société. Cependant, le plafond de cotisation REER est réduit automatiquement pour tenir compte des droits accumulés dans le RRI. C’est ce qu’on appelle le facteur d’équivalence (FE).
Ce facteur est calculé chaque année par l’actuaire responsable du RRI et représente la valeur des droits de retraite accumulés dans ce régime. Il est ensuite transmis à l’ARC par l’employeur, et il réduit automatiquement votre plafond REER de l’année suivante.
Disons que vous gagnez 140 000 $ en 2025 et que votre société cotise pour vous dans un RRI. L’actuaire calcule que votre facteur d’équivalence pour l’année est de 18 000 $. Sans RRI, votre plafond REER aurait été de 25 200 $ (soit 18 % de 140 000 $). Mais avec le RRI, votre plafond REER disponible sera donc réduit à 7 200 $ (25 200 $ – 18 000 $).
Vous pourrez donc quand même cotiser à votre REER, mais pour un montant limité, et vous bénéficierez de l’avantage fiscal du RRI en parallèle.
Comment calcule-t-on le facteur d’équivalence dans le cas d’un RRI ?
La formule est imposée par l’ARC et est la suivante : FE = (9 × la rente annuelle accumulée) – 600
Cette rente annuelle est celle que le participant a accumulée pour l’année, selon le revenu admissible et les paramètres du RRI (âge, années de service, salaire, etc.).
Cette formule a été établie pour approximer la valeur actuarielle des droits de retraite accumulés dans une année. Le facteur 9 représente une estimation du coût de constitution de la rente, et le 600 est une correction standard pour éviter les pénalisations sur les petites rentes.
Le RRI est-il intéressant pour les jeunes entrepreneurs ?
Pas toujours. Le RRI est surtout avantageux à partir de 45-50 ans, quand les plafonds deviennent très supérieurs à ceux du REER. Avant cet âge, les cotisations maximales restent proches de celles d’un REER, alors que les frais et obligations sont plus lourds.
Un jeune entrepreneur pourrait plutôt privilégier le REER ou le CELI, attendre d’avoir des revenus plus élevés et stables et planifier la mise en place du RRI vers la cinquantaine.
Cela n’empêche pas de consulter un spécialiste dès maintenant pour planifier à moyen terme.
Quels sont les inconvénients ou limites du RRI ?
Malgré ses nombreux atouts, le RRI comporte quelques limites :
- Rigidité : les règles sont strictes, peu de flexibilité pour retirer des fonds avant la retraite.
- Coût : mise en place et gestion plus coûteuses qu’un REER.
- Suivi actuariel obligatoire : il faut travailler avec un professionnel qualifié.
- Plafond légal de prestations : on ne peut pas utiliser le RRI pour accumuler des millions sans limite.
Il faut donc évaluer le rapport coût/bénéfice en fonction de l’âge, du revenu et des objectifs du dirigeant.
Article écrit par Denis de Cabane Finance

Passionné d’investissement depuis le jour où je me suis demandé comment faire fructifier mes premiers salaires, mon émigration au Canada m’a obligé à redécouvrir les rouages de l’investissement dans mon nouveau pays.
Je partage mes trouvailles avec vous pour que, tous ensemble, nous puissions enfin gérer notre argent comme le font les personnes aisées depuis des générations.
Vous allez le voir ; il n’y a rien de compliqué, il faut juste quelques connaissances, méthodes et de la discipline pour bien investir !