Comment planifier sa retraite quand on est travailleur autonome au Canada?

Denis

22 avril 2025

Planifier sa retraite quand on est travailleur autonome au Canada n’est pas anodin. Ce régime particulier mérite une anticipation.

Entre les cotisations au Régime de rentes du Québec, le choix entre REER et CELI, et l’épargne personnelle, les options sont nombreuses pour préparer sa retraite, mais souvent mal comprises.

Dans cet article, apprenez les différentes sources de revenus à la retraite spécifiques aux travailleurs autonomes et les stratégies d’épargne adaptées à votre situation.

Les sources de revenus à la retraite pour les travailleurs autonomes

Les travailleurs autonomes au Canada disposent de plusieurs sources de revenus pour leur retraite.

Le Régime de rentes du Québec (RRQ) constitue une base importante, tout comme la Sécurité de la vieillesse (SV) au niveau fédéral. Étant donné l’absence de régime de pension d’employeur, l’épargne personnelle via des véhicules comme le REER et le CELI devient primordiale.

Voici un résumé des principales sources de financement de votre retraite de travailleur autonome :

Source de revenuDescriptionAdmissibilité et particularités
Régime de rentes du Québec (RRQ)Régime d’assurance public obligatoire offrant une rente de retraite basée sur les cotisations versées.Cotisation obligatoire si revenu annuel > 3 500$. Le travailleur autonome paie la part employé et employeur.
Sécurité de la vieillesse (SV)Programme fédéral offrant une pension mensuelle aux aînés admissibles.Résidence au Canada et âge minimum requis. Le montant dépend des années de résidence au Canada.
REER (Régime enregistré d’épargne-retraite)Compte d’épargne permettant de reporter l’impôt jusqu’à la retraite.Cotisations déductibles du revenu imposable.
CELI (Compte d’épargne libre d’impôt)Compte d’épargne où les revenus de placement sont libres d’impôt, même au retrait.Pas de déduction fiscale à la cotisation.
Épargne personnelleÉpargne réalisée en dehors des régimes enregistrés (REER, CELI).Aucune restriction, mais les revenus de placement sont imposables annuellement.

Cotisations au RRQ pour les travailleurs autonomes

En tant que travailleur autonome, vous devez assumer la double cotisation au Régime de rentes du Québec. Contrairement aux salariés, vous payez à la fois la part employé et employeur. Cette obligation s’applique dès que vos revenus dépassent 3 500 $ annuellement. Le taux combiné atteint 12,80 % pour 2025 (10,8 % pour le régime de base + 2 % pour le régime supplémentaire), ce qui représente une charge financière importante à considérer.

Les cotisations que vous versez au RRQ influencent directement vos prestations futures de retraite. Plus vos revenus sont élevés pendant votre carrière, plus votre rente sera importante. En 2025, la rente maximale à 65 ans s’élève à 1 433 $ par mois, mais la moyenne se situe autour de 717 $.

Demander votre rente avant 65 ans entraîne une diminution permanente, tandis que la demander après s’accompagne d’une augmentation :

  • nCalculer ses cotisations : Utilisez l’annexe U de votre déclaration de revenus pour calculer précisément votre cotisation au RRQ en tant que travailleur autonome, selon vos revenus nets de travail autonome et les taux applicables.
  • Tenir compte du seuil minimum : Vous êtes tenu de cotiser au RRQ dès que vos revenus nets de travail autonome dépassent 3 500 $. Cette exemption s’applique automatiquement, et une année de cotisation est reconnue si vous avez cotisé sur un revenu supérieur à ce seuil.
  • Connaître les taux de cotisation : En 2025, les taux pour les travailleurs autonomes sont de :
    • 10,8 % sur la portion de vos revenus entre 3 500 $ et 71 300 $ (régime de base),
    • 2 % additionnels sur cette même portion (régime supplémentaire),
    • soit un total de 12,8 % sur cette tranche. Pour la portion de revenus entre 71 300 $ et 81 200 $, une cotisation supplémentaire de 8 % s’applique.
  • Déclarer correctement ses cotisations : Vos cotisations au RRQ sont obligatoires et doivent être correctement reportées dans votre déclaration de revenus. Elles ne sont pas déductibles, mais elles vous donnent droit à une rente de retraite et peuvent influer sur d’autres prestations sociales.
  • En revanche, les cotisations à un REER, si vous en faites, sont déductibles d’impôt et permettent de réduire votre revenu imposable.

La Sécurité de la vieillesse (SV) et le Supplément de revenu garanti (SRG)

La Sécurité de la vieillesse (SV) est une prestation mensuelle offerte aux Canadiens âgés de 65 ans et plus. Le montant reçu dépend du nombre d’années de résidence au Canada après l’âge de 18 ans. Pour être admissible à la pension complète, il faut avoir résidé au Canada pendant au moins 40 ans. Une pension partielle est possible après 10 ans de résidence.

En 2025, le montant maximal mensuel de la SV est de :​

  • 727,67 $ pour les personnes âgées de 65 à 74 ans.
  • 800,44 $ pour les personnes âgées de 75 ans et plus. ​

Il est possible de reporter la réception de la SV jusqu’à 5 ans après l’âge de 65 ans. Chaque mois de report augmente la pension de 0,6 %, jusqu’à un maximum de 36 % à 70 ans.​

Si votre revenu annuel net dépasse un certain seuil, vous devrez rembourser une partie ou la totalité de votre pension de la SV. Ce remboursement est calculé à raison de 15 % du revenu excédentaire.​

Le Supplément de revenu garanti (SRG) est une prestation non imposable destinée aux bénéficiaires de la SV ayant un faible revenu. Pour être admissible, vous devez :​

  • Avoir 65 ans ou plus.
  • Vivre au Canada.
  • Recevoir la pension de la SV.
  • Avoir un revenu annuel net inférieur à certains seuils. ​

En 2025, les seuils de revenu pour le SRG sont :​

  • 22 056 $ pour une personne célibataire, veuve ou divorcée.
  • 29 136 $ si votre conjoint reçoit la pension complète de la SV.
  • 52 848 $ si votre conjoint ne reçoit pas la SV.
  • 40 800 $ si votre conjoint reçoit l’Allocation. ​

Le montant du SRG est ajusté trimestriellement en fonction de l’indice des prix à la consommation pour maintenir son pouvoir d’achat.

Les options d’épargne-retraite adaptées aux travailleurs autonomes

Les deux principaux véhicules d’épargne-retraite disponibles pour les travailleurs autonomes sont le REER (Régime enregistré d’épargne-retraite) et le CELI (Compte d’épargne libre d’impôt). Leur fonctionnement diffère autant que leurs avantages fiscaux, et leur pertinence dépend de la manière dont vous vous rémunérez — en salaire ou en dividendes.

➤ Le REER : avantage fiscal immédiat pour les revenus de travail

Si vous vous versez un salaire dans le cadre d’une société ou si vous déclarez des revenus d’entreprise, le REER vous permet de déduire vos cotisations de votre revenu imposable. Cela réduit votre facture d’impôt pour l’année en cours et reporte l’imposition au moment des retraits à la retraite, souvent à un taux plus faible.

En 2024, votre plafond de cotisation REER correspond à 18 % de vos revenus admissibles de l’année précédente, jusqu’à concurrence de 31 560 $ (indexé chaque année).

➤ Le CELI : flexibilité et croissance libre d’impôt

Le CELI permet de faire croître vos placements à l’abri de l’impôt, et les retraits sont non imposables, peu importe l’utilisation des fonds. Contrairement au REER, vous n’avez pas besoin de revenu d’emploi pour y cotiser : les travailleurs autonomes rémunérés en dividendes peuvent en bénéficier pleinement.

Le plafond de cotisation CELI est de 7 000 $ en 2024, et l’espace non utilisé se cumule d’année en année.

Comparatif REER et CELI pour les travailleurs autonomes

L’Allocation et l’Allocation au survivant pour les conjoints de travailleurs autonomes

L’Allocation est une aide financière destinée aux conjoints de prestataires du Supplément de revenu garanti qui ont entre 60 et 64 ans. Son admissibilité dépend des revenus et de la résidence au Canada. Ce programme peut constituer un apport précieux pour les conjoints de travailleurs autonomes qui attendent d’être éligibles aux prestations de la Sécurité de la vieillesse.

L’Allocation au survivant offre un soutien financier aux personnes veuves âgées de 60 à 64 ans dont les revenus sont limités. Les conjoints de travailleurs autonomes décédés doivent présenter une demande spécifique pour y accéder. Cette prestation prend fin automatiquement au 65e anniversaire, moment où la Sécurité de la vieillesse prend le relais.

L’importance de planifier tôt sa retraite en tant que travailleur autonome

Commencer à planifier sa retraite dès les premières années de travail autonome vous offre un avantage considérable grâce à l’effet des intérêts composés. En tant que travailleur autonome au Canada, vous n’avez pas accès aux régimes de pension d’employeur, ce qui rend l’épargne personnelle encore plus cruciale pour votre avenir financier.

La planification précoce de la retraite permet de profiter pleinement du pouvoir des intérêts composés. Un travailleur autonome qui commence à épargner à 30 ans aura besoin de cotiser mensuellement un montant bien moins important qu’un collègue qui démarre à 45 ans pour atteindre le même capital. Cette différence s’explique par le temps dont disposent les placements pour fructifier.

Les erreurs fréquentes à éviter quand on est travailleur autonome

Planifier sa retraite en tant que travailleur autonome demande rigueur et méthode. Mais certains pièges sont fréquents et peuvent compromettre vos efforts d’épargne, même si vous avez les meilleures intentions. Voici les erreurs les plus courantes observées :

Attendre trop longtemps avant de commencer à épargner
Beaucoup pensent qu’il faut d’abord atteindre un revenu stable ou élevé avant de cotiser à un REER ou un CELI. Or, c’est le temps qui joue le plus en votre faveur. Même de petites sommes, versées tôt et régulièrement, permettent de bâtir un capital solide grâce aux intérêts composés.

Oublier de cotiser au RRQ ou mal déclarer ses revenus
Certains travailleurs autonomes sous-estiment l’importance des cotisations au Régime de rentes du Québec ou oublient de bien les inscrire dans leur déclaration fiscale. Pourtant, ces cotisations influencent directement le montant de votre rente future.

Négliger le choix du véhicule d’épargne
Opter systématiquement pour un CELI ou un REER sans considérer votre structure de revenus (salaire ou dividendes) peut nuire à votre optimisation fiscale. Le bon choix dépend toujours de votre situation personnelle.

Vider son épargne pour faire face aux imprévus
Sans fonds d’urgence distinct, certains retirent trop tôt leurs économies de retraite. Cela peut entraîner des pénalités fiscales ou compromettre leur plan à long terme. Mieux vaut prévoir une épargne parallèle pour les imprévus.

Penser que la SV ou le RRQ suffiront
Ces prestations publiques représentent souvent moins de la moitié du revenu nécessaire à la retraite. Une stratégie d’épargne personnelle est indispensable pour maintenir votre niveau de vie.