Compte de retraite immobilisé (CRI) – Le guide complet pour mieux le connaître

Denis

7 mai 2025

Quand on quitte un employeur offrant un régime de retraite à prestations ou à cotisations déterminées, on se retrouve souvent face à un choix : laisser les fonds dans le régime ou les transférer dans un compte personnel. C’est là qu’intervient le CRI, ou Compte de retraite immobilisé. Ce véhicule d’épargne-retraite, bien qu’assez méconnu, permet la gestion des anciens régimes de retraite.

Dans ce guide, nous allons explorer en détail ce qu’est un CRI, comment il fonctionne, ses avantages, ses limites et comment bien l’intégrer dans une stratégie de retraite.

Qu’est-ce qu’un CRI?

Définition simple

Le Compte de retraite immobilisé (CRI) est un compte d’épargne enregistré dans lequel on transfère les sommes accumulées dans un régime de retraite d’employeur lorsqu’on quitte son emploi. Ces sommes sont dites « immobilisées », c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas être retirées librement comme dans un REER.

Il ne s’agit ni d’un compte que l’on ouvre spontanément ni d’un compte pour cotiser volontairement. C’est un compte de transfert destiné à préserver les droits accumulés dans un régime de retraite.

Quelle est son origine?

Le CRI provient uniquement d’un transfert d’un régime de retraite agréé :

  • Régime à cotisations déterminées (RCD)
  • Régime à prestations déterminées (RPD)
  • Ou d’un régime volontaire d’épargne-retraite (RVER), dans certains cas.

Ce transfert se fait habituellement lorsque :

  • Vous quittez un employeur offrant un régime de retraite,
  • Vous divorcez (et recevez une part du régime de retraite de l’ex-conjoint),
  • Ou vous choisissez une option de transfert plutôt qu’une rente viagère au moment de la retraite.

Quelle est la différence entre un CRI, un REER et un FERR?

  • CRI : argent bloqué, transféré depuis un régime de retraite, aucun retrait libre avant la retraite, croissance à l’abri de l’impôt.
  • REER : épargne volontaire, cotisations déductibles, retraits possibles en tout temps (imposables).
  • FERR : compte utilisé pour retirer des revenus de retraite à partir d’un REER ou CRI, avec un retrait minimal annuel obligatoire dès l’ouverture.

Est-ce un compte qu’on ouvre soi-même?

Pas tout à fait. On n’ouvre pas un CRI sans raison. Il est ouvert uniquement lors du transfert d’un ancien régime de retraite. La démarche se fait avec une institution financière (banque, courtier, compagnie d’assurance), mais elle est toujours initiée suite à un événement de sortie : départ d’un emploi, rupture conjugale, etc.

Qui peut détenir un CRI?

À quel moment crée-t-on un CRI?

On ne crée pas un CRI par simple volonté d’épargner : il naît obligatoirement d’un transfert de fonds d’un régime de retraite agréé (RCD ou RPD).

Cela se produit généralement lorsqu’un salarié quitte un emploi doté d’un régime de retraite, au moment d’un règlement en cas de rupture d’un mariage ou d’une union de fait ou lorsque l’on décide, à l’approche de la retraite, de ne pas recevoir une rente immédiate, mais de gérer soi-même les sommes accumulées.

Il s’agit donc d’un compte imposé par la structure du système de retraite, et non d’un produit que l’on choisit d’ouvrir spontanément comme un REER.

Est-ce obligatoire de transférer son fonds de pension dans un CRI quand on quitte un emploi?

Oui, dans la plupart des cas. Lorsque vous quittez un employeur offrant un régime de retraite, les droits accumulés sont considérés comme immobilisés par défaut.

Il est donc obligatoire de les transférer vers un compte immobilisé (comme un CRI), sauf si :

  • La valeur du fonds est jugée très faible, ce qui permet un retrait complet en espèces. Concrètement, si vous avez 65 ans ou plus, et que la valeur totale de vos sommes immobilisées est inférieure à 40 % du maximum des gains admissibles (MGA), vous pouvez demander le déblocage complet. Pour l’année 2025, cela correspond à 28 520 $, puisque le MGA est fixé à 71 300 $.
  • Ou si vous optez pour une rente immédiate auprès d’un assureur pour recevoir un revenu de retraite sans passer par un CRI.

L’objectif de cette règle est de protéger votre revenu de retraite futur, en s’assurant que les sommes accumulées servent à financer vos vieux jours, et non à des dépenses anticipées.

Peut-on avoir plusieurs CRI?

Oui. Si vous avez quitté plusieurs employeurs offrant chacun un régime de retraite, vous pouvez avoir un CRI pour chaque transfert, ou regrouper les sommes dans un seul CRI, selon les règles de l’institution financière choisie.

Il faut toutefois que tous les fonds proviennent de régimes régis par des lois compatibles (ex. : régimes québécois).

Que se passe-t-il en cas de changement de province?

Le CRI est régi par la loi du régime de retraite d’origine.

Cela signifie que :

  • Les règles de déblocage et de conversion seront celles de la province d’origine du régime,
  • Mais l’administration du compte pourra être confiée à une institution de n’importe quelle province.

Par exemple, si vous quittez un emploi au Québec, votre CRI sera régi par la Loi sur les régimes complémentaires de retraite du Québec, même si vous déménagez ensuite en Ontario.

Comment fonctionne un CRI?

Quelles sommes peut-on y déposer?

On ne peut déposer dans un CRI que des fonds provenant d’un régime de retraite agréé :

  • régime à cotisations déterminées (RCD),
  • régime à prestations déterminées (RPD),
  • dans certains cas, un régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) ou un compte de retraite immobilisé hérité.

Il est interdit d’y cotiser personnellement, comme on le ferait avec un REER. Le CRI ne peut pas non plus recevoir de transferts d’un CELI ou d’un compte non enregistré.

Peut-on y cotiser soi-même comme à un REER?

CCCNon. Les cotisations personnelles sont interdites dans un CRI. Le compte est « fermé » aux apports extérieurs, précisément pour respecter la logique d’immobilisation des fonds.

Seuls les transferts autorisés peuvent y être déposés, et aucune nouvelle cotisation ne peut être effectuée, même si vous avez des droits inutilisés dans votre REER.

Peut-on y faire croître ses placements?

Oui. Une fois les sommes transférées dans un CRI, elles continuent de croître à l’abri de l’impôt aussi longtemps qu’elles y restent.

Les revenus (intérêts, dividendes, gains en capital) ne sont pas imposés tant que l’argent reste dans le compte.

Quels types de placements sont permis dans un CRI?

Les règles sont similaires à celles d’un REER et vous pouvez donc avoir des actions canadiennes et étrangères, des obligations, des FNB, des fonds communs, des CPG, des liquidités…

Cependant, certaines institutions restreignent les produits admissibles selon leur propre politique. Il est recommandé de bien choisir votre gestionnaire de CRI pour avoir un accès optimal à des placements diversifiés, surtout si vous gérez activement votre portefeuille.

Le CRI est-il bloqué?

Pourquoi dit-on qu’un CRI est « immobilisé »?

Le mot « immobilisé » signifie ici que vous ne pouvez pas retirer les fonds quand bon vous semble. L’argent est verrouillé jusqu’à la retraite ou à certains événements très particuliers.

Peut-on retirer de l’argent de son CRI avant la retraite?

En règle générale, non. Vous ne pouvez pas faire de retraits partiels ou totaux d’un CRI tant que vous ne remplissez pas l’une des conditions de déblocage prévues par la loi. Il s’agit d’un compte structuré pour décaisser à long terme, sauf exception.

Quelles sont les exceptions permettant un retrait du CRI?

Les règles de déblocage anticipé d’un CRI varient selon la province d’origine du régime de retraite. Au Québec, la Loi sur les régimes complémentaires de retraite prévoit quelques cas bien précis où un retrait est permis avant la retraite :

  • Espérance de vie réduite : si une invalidité physique ou mentale écourte votre espérance de vie, un retrait est autorisé sur présentation d’un certificat médical.
  • Petite somme : à partir de 65 ans, si la valeur de vos fonds immobilisés est inférieure à 40 % du maximum des gains admissibles (MGA) — soit 28 520 $ en 2025, un déblocage complet est permis.
  • Non-résidence : si vous ne résidez plus au Canada depuis au moins deux ans, vous pouvez demander le retrait du solde.

Au Québec, il n’existe pas de déblocage pour détresse financière (comme des loyers impayés ou des frais médicaux), contrairement à certaines autres provinces.

À quel âge peut-on commencer à retirer normalement?

CCCAu Québec, vous pouvez convertir votre CRI en revenu de retraite à partir de l’âge de 55 ans. Ce transfert doit se faire vers un fonds de revenu viager (FRV), qui vous permettra ensuite de recevoir des paiements réguliers (avec un minimum et un maximum annuel).

L’âge de 55 ans est donc l’âge minimal pour débloquer partiellement les sommes, mais uniquement par conversion vers un produit de décaissement admissible.

Existe-t-il un âge limite d’utilisation?

Oui. À 71 ans au plus tard, comme pour un REER, vous devez convertir votre CRI en :

  • Fonds de revenu viager (FRV),
  • Rente viagère,
  • Si les conditions sont remplies, débloquer et retirer le solde.

Quelles sont les règles de transfert?

Vers quels comptes peut-on transférer un CRI?

Le CRI est un compte bloqué, mais il peut être transféré sous certaines conditions vers :

  • Un autre CRI, si vous changez d’institution financière.
  • Un FRV (Fonds de revenu viager) à partir de 55 ans, pour commencer à retirer de l’argent selon un calendrier annuel.
  • Une rente viagère offerte par une compagnie d’assurance.
  • Dans certains cas, un REER (très rare, limité aux petites sommes ou à certaines situations exceptionnelles).

Quand faut-il convertir un CRI?

La conversion n’est pas automatique à 55 ans, mais vous pouvez commencer dès cet âge à transférer votre CRI vers un FRV si vous souhaitez commencer à décaisser.

En revanche, la conversion devient obligatoire à 71 ans. À ce moment-là, vous ne pouvez plus conserver le CRI tel quel.

Peut-on transférer un CRI vers un CELI?

Non, il est interdit de transférer un CRI dans un CELI.

Quelles sont les conséquences fiscales d’un transfert ou d’un retrait?

Un transfert entre comptes enregistrés (CRI → FRV) est non imposable.

Un retrait anticipé approuvé (faible revenu, invalidité) est imposable.

Tout montant retiré qui ne respecte pas les règles (ou tout échec de conversion à 71 ans) peut être intégralement ajouté à votre revenu imposable et donc entraîner une facture d’impôt élevée.

CRI et impôt

Est-ce qu’un CRI est imposable chaque année?

Non, tant que les fonds restent à l’intérieur du CRI, aucun impôt n’est prélevé. Le CRI fonctionne comme un REER du point de vue fiscal : les revenus générés (intérêts, dividendes, gains en capital) croissent à l’abri de l’impôt.

Aucun T5, aucun revenu à déclarer, tant que vous n’effectuez pas de retrait ou de déblocage.

Que se passe-t-il fiscalement en cas de retrait exceptionnel?

Les retraits autorisés de façon anticipée (faible revenu, invalidité, espérance de vie réduite, etc.) sont imposables à 100 % comme un revenu ordinaire. Ils doivent être déclarés dans votre rapport d’impôt l’année du retrait.

Une retenue d’impôt à la source est appliquée (comme pour un REER). Le montant est ajouté à votre revenu total et peut faire grimper votre taux d’imposition.

Exemple : un retrait exceptionnel de 8 000 $ pour raison médicale est ajouté à votre revenu imposable. Si votre taux marginal est de 37 %, cela pourrait vous coûter environ 3 000 $ d’impôt.

Le CRI donne-t-il droit à une déduction fiscale?

Non. Contrairement à un REER, vous ne cotisez pas à un CRI, donc il n’y a aucune déduction à réclamer. Les fonds qui y sont transférés proviennent de régimes de retraite d’employeur, tels que les régimes à prestations déterminées ou à cotisations déterminées, pour lesquels les cotisations ont déjà été déduites du revenu imposable au moment de leur versement.

Est-ce qu’il faut déclarer le CRI dans sa déclaration de revenus?

Non, tant qu’il n’y a pas de retrait ou de conversion, le CRI n’apparaît pas dans la déclaration de revenus annuelle. Il n’y a pas de case spécifique pour le CRI dans le rapport d’impôt fédéral ou provincial.

Cependant, en cas de retrait ou de déblocage exceptionnel, vous recevrez un feuillet T4RSP ou T4RIF (fédéral), selon le type de retrait effectué. Vous recevrez également un Relevé 2 (provincial) si vous résidez au Québec. Ces feuillets indiquent les montants retirés et les impôts retenus à la source, et vous devrez les inclure dans vos déclarations de revenus fédérale et provinciale.

Que se passe-t-il en cas de décès?

Est-ce que le solde du CRI est perdu?

Non, le capital du CRI ne disparaît pas au décès du titulaire. Il fait partie de la succession et sera versé à un bénéficiaire désigné ou à la succession elle-même, selon les cas.

Le conjoint survivant peut-il recevoir les sommes?

Oui, le conjoint de droit ou de fait est prioritaire. S’il est désigné comme bénéficiaire ou si la loi le prévoit, il pourra :

  • Soit transférer les sommes dans un CRI à son nom (si les règles provinciales le permettent)
  • Soit convertir directement le solde en FRV ou rente viagère
  • Ou encore, retirer les fonds si un déblocage est autorisé.

Et si le conjoint refuse ou est décédé?

Dans ce cas :

  • Les enfants ou héritiers désignés reçoivent les sommes du CRI sous forme imposable.
  • S’il n’y a pas de bénéficiaire désigné, le solde intègre la succession et peut être soumis à l’impôt.

Si les sommes sont versées à la succession, elles sont considérées comme entièrement retirées et donc intégrées à 100 % dans le dernier revenu imposable du défunt.

CRI vs REER immobilisé vs FRV

Quelle est la différence entre CRI et REER immobilisé?

Le terme REER immobilisé (Locked-in RRSP en anglais) est parfois utilisé dans d’autres provinces, notamment en Ontario, pour désigner ce que le Québec appelle un CRI.

Dans les faits, ce sont des comptes très similaires :

  • Ils proviennent tous deux d’un transfert de fonds issus d’un régime de retraite agréé.
  • Ils sont tous deux soumis à des règles d’immobilisation.
  • Ils n’acceptent aucune cotisation volontaire.

Quelle est la différence entre CRI et FRV?

Le CRI est un compte d’accumulation, tandis que le FRV (Fonds de revenu viager) est un compte de décaissement.

Le CRI est utilisé pour conserver les fonds avant la retraite. Aucun retrait n’est permis, sauf exception.

Le FRV est destiné à convertir ces fonds à partir de 55 ans pour commencer à en tirer un revenu. Des retraits annuels sont obligatoires (minimum et maximum établis par la loi).

Vous devez donc transférer votre CRI vers un FRV (ou une rente viagère) pour recevoir des paiements à la retraite.

Quel parcours typique suit une somme issue d’un fonds de pension?

  • Vous quittez votre emploi avec un régime de retraite : vous transférez les sommes dans un CRI.
  • À partir de 55 ans (ou à 71 ans au plus tard), vous transférez ce CRI dans un FRV.
  • Vous commencez à recevoir des paiements réguliers du FRV selon les montants permis par la loi.

Avantages et limites du CRI

Quels sont les avantages du CRI?

  • Croissance à l’abri de l’impôt : tous les revenus générés dans le CRI ne sont pas imposés tant qu’aucun retrait n’est effectué.
  • Protection de l’épargne-retraite : les règles d’immobilisation évitent que ces sommes soient dépensées prématurément, assurant ainsi un revenu à la retraite.
  • Flexibilité de gestion : même si les retraits sont bloqués, vous pouvez librement choisir vos placements (FNB, fonds communs, CPG, etc.), selon l’offre de votre institution financière.
  • Transférable vers un FRV ou une rente : une fois arrivé à l’âge requis, le CRI devient un levier de revenu de retraite bien encadré.

Quelles sont les contraintes majeures du CRI?

  • Immobilisation stricte : vous ne pouvez pas retirer les fonds avant la retraite, sauf dans des cas exceptionnels (faible revenu, invalidité, etc.).
  • Aucune cotisation permise : contrairement au REER, vous ne pouvez pas bonifier ce compte avec vos propres économies.
  • Réglementation provinciale : les règles varient selon la province d’origine du régime de retraite. Cela peut compliquer les transferts ou les retraits si vous déménagez.
  • Pas de déduction fiscale : puisque le CRI provient de fonds déjà déduits fiscalement, aucune nouvelle déduction n’est possible.

Cas pratiques pour mieux comprendre le CRI

Exemple 1 : Une personne de 40 ans quitte son emploi – que faire de son CRI?

Sophie, 40 ans, quitte une entreprise où elle avait accumulé 35 000 $ dans un régime à prestations déterminées. Elle décide de transférer cette somme dans un CRI. Elle ne pourra pas retirer cet argent avant l’âge de 55 ans, sauf en cas d’invalidité ou de faibles revenus.

Elle peut toutefois le faire fructifier en y investissant dans des FNB indiciels. Son CRI devient ainsi une partie importante de sa future retraite, même si elle change plusieurs fois d’emploi.

Exemple 2 : Un retraité de 55 ans veut commencer à vivre de son CRI – est-ce possible?

Michel a 55 ans et détient 120 000 $ dans un CRI accumulé durant sa carrière. Il veut commencer à décaisser. Il transfère son CRI dans un FRV.

En 2025, selon les barèmes en vigueur, il pourra retirer entre 3 432 $ (minimum) et 7 656 $ (maximum) pour l’année. Ce montant s’ajoute à ses autres revenus de retraite et doit être intégré dans sa déclaration de revenus.

Ces montants sont sujets à des changements annuels en fonction des taux d’intérêt et des règlements en vigueur.

Exemple 3 : Une personne en difficulté financière veut débloquer son CRI – est-ce légalement permis?

Luc, 52 ans, est sans emploi et déclare un revenu annuel de moins de 20 000 $. Il espère débloquer une partie de son CRI pour éviter de s’endetter davantage. Or, au Québec, la loi ne permet pas de retrait anticipé d’un CRI pour des raisons de faible revenu ou de difficultés financières.

Toutefois, si Luc résidait dans une autre province comme l’Ontario, sa situation pourrait être différente. Certaines juridictions permettent effectivement un déblocage partiel du CRI en cas de faible revenu prévu.