Obligations à taux fixe, variable, corporatives : quelles différences ?

Denis

19 mai 2025

Lorsqu’on pense à investir, on pense souvent aux actions, aux FNB ou à l’immobilier. Mais les obligations ne sont pas à ignorer pour les Québécois qui souhaitent un revenu stable, une certaine sécurité et une bonne diversification.

D’ailleurs, vous en possédez déjà probablement sans le savoir. Elles sont présentes dans presque tous les portefeuilles de retraite, dans les produits d’assurance, dans les régimes publics. Pourtant, leur fonctionnement reste mal compris.

Dans ce guide, nous détaillons les types d’obligations les plus courants, avec des exemples concrets pour les investisseurs québécois.

Qu’est-ce qu’une obligation ?

Une obligation est un instrument de dette. Lorsque vous achetez une obligation, vous prêtez de l’argent à un émetteur (comme le gouvernement du Canada, Hydro-Québec ou une entreprise privée).

En échange, l’émetteur s’engage à vous verser un intérêt régulier, appelé coupon, et à vous rembourser le montant initial (appelé valeur nominale ou valeur au pair) à une date déterminée, appelée échéance.

Exemple simple : Vous achetez une obligation d’Hydro-Québec de 1 000 $ à 4 % sur 5 ans. Vous recevrez 40 $ d’intérêts par année (4 % de 1 000 $). À l’échéance, vous récupérerez vos 1 000 $.

Ces obligations se négocient également sur les marchés secondaires, ce qui signifie que leur prix peut monter ou descendre selon l’évolution des taux d’intérêt, de la solidité de l’émetteur et de l’offre et la demande.

À retenir : Les obligations sont moins volatiles que les actions, mais pas sans risque. Un emprunteur peut faire faillite et ne pas rembourser ses dettes. Leur rendement du type d’obligation, du taux d’intérêt en vigueur, de la durée et de la solvabilité de l’émetteur.

Les grandes catégories d’obligations

Pour comprendre les types d’obligations, il faut d’abord distinguer les obligations selon l’identité de l’émetteur.

On en retrouve trois grandes familles : gouvernementales, corporatives et municipales.

Obligations gouvernementales (fédérales et provinciales)

Les obligations d’État sont parmi les plus sécuritaires sur le marché. Chez nous, elles sont émises par le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec ou d’autres provinces, et parfois aussi par certaines municipalités (voir plus bas).

Vous pouvez aussi souscrire aux obligations gouvernementales d’autres pays. Ainsi, beaucoup d’investisseurs internationaux ont de la dette américaine.

Ces emprunts servent à financer les dépenses publiques : infrastructures, programmes sociaux, transition énergétique, etc.

Quand vous prenez une obligation d’un pays stable, les titres sont très liquides, bien notés par les agences de crédit, mais leur rendement est souvent plus faible, justement à cause de leur sécurité.

Obligations municipales

Moins connues, les obligations municipales sont émises par des villes ou des municipalités pour financer des projets locaux : routes, hôpitaux, écoles.

Au Québec, les obligations municipales sont principalement achetées par des institutions comme les caisses, les assureurs ou des gestionnaires de fonds, lors d’émissions réservées aux professionnels. Pour un investisseur particulier, il est très difficile d’y accéder directement, car ces titres sont peu liquides et émis en montants élevés.

En revanche, on peut y investir indirectement via des FNB ou des fonds communs spécialisés, qui regroupent ce type d’obligations dans leur portefeuille.

Elles présentent un niveau de sécurité élevé, mais elles peuvent comporter un risque plus élevé que les obligations fédérales, surtout dans les municipalités très endettées.

Obligations de sociétés (corporatives)

Émises par des entreprises privées ou publiques (comme Bell, Couche-Tard ou Banque Nationale), ces obligations sont plus risquées que les obligations d’État, mais ont un meilleur rendement.

La confiance qu’on accorde à ces titres repose sur la santé financière de l’entreprise. Plus elle est solide, plus son obligation est bien notée (AAA étant la meilleure note possible).

Exemple : Une entreprise comme BCE peut émettre une obligation à 6 % sur 7 ans. Si vous l’achetez, vous recevrez 60 $ par année jusqu’à l’échéance, plus le remboursement du capital.

Mais si l’entreprise traverse une crise, la valeur de l’obligation peut baisser… et le risque de défaut, même faible, existe toujours.

Les types d’obligations selon leurs caractéristiques spécifiques

Au-delà de l’émetteur, les obligations se distinguent par leur fonctionnement technique : mode de calcul du coupon, durée, possibilité de conversion, protection contre l’inflation, etc.

Voici les types les plus importants à connaître.

Obligations à taux fixe

C’est la forme la plus classique. Le coupon est fixé à l’émission et ne change pas jusqu’à l’échéance. Vous connaissez d’avance le montant des intérêts, la date des versements et la date de remboursement du capital.

Exemple : Une obligation à 5 % sur 10 ans vous versera chaque année 5 % du capital, soit 50 $ si la valeur nominale est de 1 000 $.

Ces obligations sont sensibles aux taux d’intérêt :

  • Si les taux montent, leur valeur baisse (car de nouvelles obligations plus attrayantes arrivent sur le marché).
  • Si les taux baissent, leur valeur augmente.

Obligations à taux variable

Le coupon n’est pas fixe, mais ajusté périodiquement selon un taux de référence (souvent le taux préférentiel ou le taux directeur de la Banque du Canada), avec un écart prédéfini (par exemple : taux directeur + 1,5 %).

Exemple : Une obligation à taux variable indexée sur le taux directeur à 5 %, avec un écart de +1 %, vous versera 6 % tant que le taux reste à ce niveau. Si le taux baisse à 4 %, le coupon tombera à 5 %.

Ces obligations sont intéressantes lorsque les taux d’intérêt sont susceptibles d’augmenter, car leurs paiements suivent la tendance.

En revanche, si les taux baissent, le revenu que vous recevez diminue lui aussi et cela nuit à votre rendement global.

Obligations zéro-coupon

Ces obligations ne versent aucun intérêt annuel. Elles sont vendues à escompte, c’est-à-dire en dessous de leur valeur nominale, et le rendement est intégré dans le remboursement final.

Exemple : Vous achetez une obligation zéro-coupon pour 750 $. Elle arrive à échéance dans 10 ans et vous rembourse 1 000 $. Le gain de 250 $ correspond à l’intérêt accumulé, mais payé en une seule fois à la fin.

Ce type d’obligation vous permet de connaître dès le départ le rendement que vous obtiendrez à l’échéance. En contrepartie, vous ne touchez aucun revenu pendant la durée du placement et la valeur peut beaucoup fluctuer si vous décidez de la vendre avant la fin.

Obligations convertibles

Ce sont des obligations émises par des sociétés qui offrent à l’investisseur la possibilité de les transformer en actions ordinaires de la même entreprise, selon un ratio préétabli.

Exemple : Vous détenez une obligation convertible de l’entreprise ABC. Vous pouvez, à un moment donné, l’échanger contre 20 actions ABC, si vous pensez que le prix de l’action va monter.

Ces obligations permettent de profiter d’un potentiel de gain supplémentaire si l’action de l’entreprise prend de la valeur. En échange de cette option de conversion, le coupon offert est moins élevé que celui d’une obligation classique.

Obligations rachetables (ou « callable »)

L’émetteur se donne le droit de rembourser l’obligation avant l’échéance, à une date et un prix déterminés à l’avance.

Exemple : Une obligation à 10 ans émise en 2020 est rachetable à partir de 2025. Si les taux d’intérêt baissent fortement, l’émetteur peut la rembourser en 2025 et émettre de nouvelles obligations à taux plus bas.

L’investisseur s’expose à un remboursement anticipé mettant fin aux versements d’intérêts plus tôt que prévu. Il devra alors probablement replacer son argent à un taux moins avantageux.

Obligations indexées à l’inflation

Ces obligations offrent une protection contre la perte de pouvoir d’achat, car leur capital ou leur coupon est ajusté selon l’indice des prix à la consommation (IPC). Au Canada, on les appelait obligations à rendement réel (RRB – Real Return Bonds), émises par le gouvernement fédéral.

Depuis 2022, ces titres ne sont plus émis, en raison d’une faible demande institutionnelle. Toutefois, certains investisseurs en détiennent encore, et des produits similaires existent à l’étranger (comme les TIPS aux États-Unis).

Elles étaient appréciées pour leur protection contre l’inflation, surtout à la retraite, mais leur rendement de base plus faible et leur liquidité réduite les rendaient moins accessibles au grand public.

Comment choisir le bon type d’obligation selon votre profil ?

Toutes les obligations ne s’adressent pas aux mêmes investisseurs.  Choisissez selon ces critères.

Votre objectif financier

  • Vous cherchez un revenu stable et prévisible ? Privilégiez les obligations à taux fixe de bonne qualité.
  • Vous voulez protéger votre capital contre l’inflation ? Intéressez-vous aux obligations indexées à l’inflation.
  • Vous avez un horizon à long terme et aimez prendre un peu de risque pour un meilleur rendement ? Les obligations corporatives bien notées ou convertibles peuvent convenir.
  • Vous n’avez pas besoin de revenus immédiats et visez un gain à long terme ? Les obligations zéro-coupon sont une option.

Votre tolérance au risque

  • Les obligations d’État (Canada, Québec) sont les plus sûres, mais offrent des rendements modestes.
  • Les obligations de sociétés, surtout celles non notées ou notées BBB ou moins, ont plus de rendement, mais comportent un risque de crédit.
  • Les obligations rachetables ajoutent une forme de risque de réinvestissement : si l’émetteur les rembourse tôt, vous perdez des intérêts futurs.

Votre horizon de placement

  • Pour un placement à moins de 3 ans, il est préférable de rester sur des obligations à court terme ou des FNB de titres à revenu fixe.
  • À long terme, vous pouvez envisager un portefeuille plus diversifié, incluant différents types d’obligations selon les cycles économiques.

Ce n’est pas un conseil personnalisé, mais un exemple général. Il faut toujours tenir compte de votre situation globale.

Les obligations ne se ressemblent pas : certaines versent un revenu régulier, d’autres protègent contre l’inflation, d’autres encore offrent un potentiel de croissance grâce à une conversion en actions. En les combinant intelligemment, vous pouvez construire un socle solide dans votre portefeuille, capable de résister à plusieurs cycles économiques.