Planifier vos revenus à la retraite au Québec peut sembler complexe face aux multiples options disponibles. Les régimes publics comme le RRQ et la SV constituent la base, mais ils ne suffisent souvent pas à maintenir votre niveau de vie après la carrière.
Une stratégie bien construite combine ces sources de revenus avec des véhicules d’épargne personnelle comme le REER, le FERR et le CELI.
Avec l’augmentation de l’espérance de vie, il devient essentiel de bâtir un plan financier solide qui vous assurera des revenus stables tout au long de votre retraite.
Les pensions publiques à la retraite au Québec
Au Québec, les régimes publics de retraite constituent la base des revenus des retraités.
Le Régime de rentes du Québec (RRQ) repose sur un système de cotisations obligatoires versées par les travailleurs et les employeurs. Il vise à remplacer une partie du revenu de travail à la retraite.
De son côté, la Sécurité de la vieillesse (SV) est une prestation fédérale versée aux personnes âgées de 65 ans et plus qui ont résidé au Canada pendant au moins 10 ans après l’âge de 18 ans. Pour recevoir le montant maximal, il faut avoir vécu au Canada pendant 40 ans à partir de l’âge adulte. Cette pension est indépendante du revenu gagné pendant la carrière, mais peut être réduite ou récupérée si vos revenus sont élevés.
Ces prestations, bien qu’essentielles, ne couvrent généralement qu’une partie limitée de vos besoins financiers à la retraite.
À titre indicatif, le RRQ peut remplacer jusqu’à 25 % du revenu de travail moyen admissible (ce taux passera progressivement à 33 % avec la bonification en cours). Quant à la SV, elle offre une somme mensuelle fixe. En combinant RRQ et SV, un retraité peut espérer recevoir environ 30 à 35 % de son revenu de travail moyen, ce qui reste insuffisant pour maintenir un niveau de vie confortable dans la plupart des cas.
Pour vivre confortablement à la retraite, l’épargne personnelle est obligatoire.
Précisions sur le Régime de rentes du Québec (RRQ)
Le Régime de rentes du Québec fonctionne sur un principe contributif où travailleurs et employeurs cotisent ensemble. Ces cotisations constituent un pilier fondamental du revenu à la retraite pour les Québécois. Le RRQ est obligatoire pour la plupart des travailleurs ayant plus de 18 ans et dont le salaire annuel dépasse 3 500 $.
L’âge auquel vous demandez votre rente affecte grandement le montant reçu. À 65 ans, vous obtenez 100% des prestations prévues. Demandée avant, votre rente diminue de 0,5% à 0,6% par mois, soit jusqu’à 36% de moins à 60 ans. En revanche, reporter sa demande après 65 ans l’augmente de 0,7% par mois.
Les facteurs qui influencent le montant de la rente du RRQ sont nombreux :
- Années de cotisation : Le nombre d’années où vous avez cotisé au RRQ a un impact direct sur le montant de votre rente. Plus vous cotisez longtemps, plus votre rente sera élevée.
- Revenus cotisables: Les revenus sur lesquels vous avez cotisé au RRQ sont pris en compte dans le calcul de votre rente. Des revenus plus élevés signifient une rente plus élevée.
- Âge de la demande : L’âge auquel vous demandez votre rente du RRQ affecte le montant que vous recevrez. Une demande avant 65 ans réduit la rente, tandis qu’une demande après 65 ans l’augmente.
- Bonification du RRQ : Depuis 2019, le RRQ a été bonifié, ce qui signifie que les cotisations versées depuis cette date contribuent à une rente plus élevée que les cotisations versées avant cette date.
Stratégies d’épargne personnelle pour la retraite avec le REER et le FERR
Le REER constitue un pilier majeur de l’épargne-retraite au Québec grâce à ses avantages fiscaux. Lorsque vous cotisez, vous réduisez votre revenu imposable, ce qui diminue votre facture fiscale immédiate.
Ce mécanisme permet de reporter l’impôt jusqu’au moment du retrait, généralement à la retraite quand votre taux d’imposition est souvent plus bas.
Au plus tard le 31 décembre de l’année des 71 ans, vous devez convertir votre REER (Régime enregistré d’épargne-retraite) en FERR (Fonds enregistré de revenu de retraite), marquant la transition entre l’accumulation et le décaissement de votre épargne.
Le FERR impose des retraits minimums annuels calculés selon la valeur de votre actif et votre âge. Ils débutent avec 5.28% à 71 ans (données de 2024).
Pour minimiser l’impact fiscal, envisagez d’utiliser l’âge du conjoint plus jeune pour réduire ces minimums obligatoires. En effet, lorsque vous ouvrez un FERR, vous pouvez choisir de calculer les retraits minimums en fonction de votre propre âge OU de celui de votre conjoint plus jeune.
Voici un tableau qui explique l’évolution du REER en FERR :
| Caractéristique | REER | FERR |
|---|---|---|
| Objectif principal | Accumulation d’épargne-retraite | Décaissement de l’épargne-retraite |
| Cotisations | Déductibles du revenu imposable | Non permises |
| Imposition des revenus | Reportée jusqu’au retrait | Retraits imposables |
| Âge limite | Cotisation possible jusqu’à 71 ans | Conversion obligatoire à 71 ans |
| Retraits minimums | Aucun | Obligatoires (calculés selon l’âge ou celui du conjoint plus jeune) |
Peut-on convertir un REER en FERR avant 71 ans ?
Oui, vous pouvez convertir votre REER en FERR à tout moment avant l’âge de 71 ans. Il n’est pas nécessaire d’attendre la date limite. Toutefois, cette conversion déclenche l’obligation de commencer à retirer des fonds chaque année, selon un minimum déterminé par l’âge du titulaire (ou de son conjoint si c’est plus avantageux).
Pourquoi le faire avant 71 ans ? La conversion anticipée peut être pertinente si :
- Vous prenez une retraite anticipée et n’avez plus d’autres revenus imposables
- Vous souhaitez lisser vos retraits dans le temps pour éviter de trop grosses sommes imposables à partir de 72 ans
- Vous avez 65 ans ou plus et voulez bénéficier du fractionnement de revenu avec votre conjoint
- Vous cherchez à baisser vos retraits REER avant de commencer à toucher la SV ou le SRG, afin de maximiser ces prestations.
C’est à éviter si vous êtes encore en emploi avec un bon revenu ou n’avez aucun besoin immédiat de revenus. Dans ce cas, mieux vaut laisser vos placements croître à l’abri de l’impôt dans le REER aussi longtemps que possible.
Les rentes viagères disponibles au Québec
La rente viagère transforme un capital en revenu garanti à vie, vous protégeant ainsi contre le risque de longévité. Ce véhicule financier verse un montant périodique jusqu’à votre décès, calculé selon votre espérance de vie et le capital investi. La rente combine remboursement de capital et intérêts pour une sécurité financière précieuse pour les retraités québécois.
Une fois souscrite, elle vous verse un montant régulier (mensuel ou annuel) jusqu’à votre décès. Le paiement est calculé selon plusieurs facteurs : votre âge, votre sexe, le montant investi et les options choisies. La rente combine une portion de remboursement de capital (non imposable) et une portion de revenus de placement (imposable).
Plusieurs options de rentes existent pour adapter ce produit à vos besoins spécifiques :
- Rente réversible : continue de verser un revenu à votre conjoint survivant. Vous pouvez en fixer le pourcentage (100 %, 75 %, etc.), ce qui influence le montant reçu de votre vivant.
- Rente indexée : les paiements augmentent chaque année (ex. : 2 %) pour tenir compte de l’inflation. Le montant initial est plus bas, mais il croît dans le temps.
- Rente garantie : assure des paiements pendant une période minimale (ex. : 10 ou 15 ans), même si vous décédez tôt. Si cela survient, vos héritiers reçoivent les paiements restants.
Ce type de produit convient surtout aux personnes sans autre revenu garanti (comme une pension de retraite) ou qui souhaitent assurer une stabilité financière sans avoir à gérer elles-mêmes leur épargne.
Le CELI dans la stratégie de revenu de retraite
Le CELI permet d’accumuler des revenus non imposables pour la retraite. Contrairement au REER, tous les retraits effectués sont libres d’impôt et n’affectent pas vos prestations gouvernementales. Cette flexibilité en fait un outil précieux pour les retraités québécois qui cherchent à maximiser leurs revenus disponibles.
L’équilibre entre REER et CELI varie selon votre situation fiscale. Si vous prévoyez un taux d’imposition plus élevé à la retraite qu’en période active, le CELI devient particulièrement avantageux. Étant donné que les retraits n’influencent pas les calculs pour la SV et le SRG, ce véhicule d’épargne mérite une place stratégique dans votre planification.
Le CELI offre des avantages comme :
- Protection des prestations : Les retraits du CELI n’étant pas imposables, ils n’affectent pas les prestations gouvernementales liées au revenu, comme le Supplément de revenu garanti (SRG) et la pension de Sécurité de la vieillesse (SV).
- Flexibilité financière : Le CELI offre une grande flexibilité, permettant aux retraités de retirer des fonds au besoin sans incidence fiscale. Il est idéal pour faire face à des dépenses imprévues ou des projets ponctuels.
- Croissance à l’abri de l’impôt : Les revenus de placement générés dans un CELI ne sont pas imposables, ce qui permet à l’épargne de croître plus rapidement et d’augmenter le revenu disponible à la retraite.
Planification successorale : quels impacts fiscaux au décès ?
Au décès, la valeur d’un REER ou d’un FERR est généralement imposée en entier dans la déclaration finale du défunt.
Toutefois, si le conjoint est désigné bénéficiaire ou rentier successeur, le transfert peut se faire sans impôt immédiat, reportant ainsi l’imposition à plus tard.
Le CELI est non imposable au décès. Si le conjoint est désigné titulaire remplaçant, il récupère le compte sans toucher à ses droits de cotisation.
Dans le cas du FERR, choisir le conjoint comme rentier successeur plutôt que simple bénéficiaire permet de continuer le FERR sans interruption ni liquidation fiscale.
Enfin, le fractionnement de revenu permet aux couples de réduire leur impôt chaque année, en transférant jusqu’à 50 % de certains revenus de retraite (comme ceux du FERR).
Comparatif des outils de revenu à la retraite
Le choix entre les différents outils d’épargne-retraite dépend principalement de votre situation fiscale actuelle et future.
Voici un tableau qui les récapitule :
| Caractéristique | Public cible | Particularités |
|---|---|---|
| REER | Travailleurs à revenu moyen ou élevé | Cotisation déductible d’impôt (jusqu’à 32 490 $ en 2025); impôt reporté jusqu’au retrait; idéal si votre taux d’imposition baisse à la retraite |
| FERR | Retraités de 55 ans+ (obligatoire à 71 ans) | Issu du REER, retraits minimums obligatoires chaque année, possibilité de fractionnement du revenu à partir de 65 ans |
| CELI | Toute personne de 18 ans et plus | Cotisation non déductible, mais croissance et retraits totalement non imposables, plafond de 7 000 $ en 2024 (droits cumulables) |
| RRQ | Tous les travailleurs québécois ayant cotisé | Remplace environ 25 % du revenu moyen admissible (jusqu’à 33 % avec la bonification), revenu imposable, début possible dès 60 ans |
| Rentes viagères | Personnes cherchant un revenu garanti à vie | Paiement stable jusqu’au décès; options : garantie minimale, indexation, réversibilité; réduit la flexibilité et l’accès au capital résiduel |
La combinaison stratégique de ces outils financiers permet de créer un revenu de retraite fiscalement optimal. Par exemple, un retraité peut d’abord utiliser son CELI pour des besoins ponctuels, puis son FERR pour le minimum obligatoire, et enfin ajuster avec le RRQ.
Article écrit par Denis de Cabane Finance

Passionné d’investissement depuis le jour où je me suis demandé comment faire fructifier mes premiers salaires, mon émigration au Canada m’a obligé à redécouvrir les rouages de l’investissement dans mon nouveau pays.
Je partage mes trouvailles avec vous pour que, tous ensemble, nous puissions enfin gérer notre argent comme le font les personnes aisées depuis des générations.
Vous allez le voir ; il n’y a rien de compliqué, il faut juste quelques connaissances, méthodes et de la discipline pour bien investir !